
Installé au cœur de sa Bretagne natale, Youenn Le Fur était d’évidence prédestiné à notre sport : inversées, ses initiales composent le mot « Fly » … il n’y a donc pas de hasard ! Aujourd’hui, ce n’est pourtant plus seulement la pêche qui le guide, mais bien le montage de mouches, l’élaboration de cannes ainsi que la vente d’accessoires dédiés à notre passion. Portrait d’un professionnel de talent dont les imitations sont employées tout autour du globe.
Bonjour Youenn. Peux-tu te présenter ?
Bonjour à tous. Je suis âgé de 40 ans cette année, et suis originaire du Centre Bretagne, le Kreiz Breizh comme on le dénomme chez nous ! C’est le pays des vallées et des têtes de bassin des rivières. Le Scorff, par exemple, rivière bretonne hautement renommée, ne prend sa source qu’à quelques kilomètres du village dans lequel je suis installé.
Depuis quand pêches-tu ?
Il y a plus de 30 années que j’ai débuté la pêche. Au départ, j’ai commencé comme tout le monde : en pêchant au coup et aux leurres en rivière. Vers 8 ou 9 ans, j’ai débuté la pêche à la mouche, en étant accompagné d’un voisin, Gérard Dutertre, qui pratiquait lui-même cette technique. Par ailleurs garde fédéral, il m’a pris sous son aile et m’a transmis tout son savoir. A bien des égards, il fut mon mentor, et ses enseignements sont toujours ancrés en moi.

Quelles sont tes techniques de prédilection ?
A la mouche, j’ai débuté par la technique reine : la sèche. Cependant, je me suis rapidement ouvert aux autres techniques : nymphe au fil, nymphe à vue, noyée, streamer… Pour moi, il est important d’explorer chaque aspect de cette pêche pour comprendre le maximum de choses. Aujourd’hui, ma préférence va à la sèche et à la nymphe au fil, laquelle est une technique bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Comment pratiques-tu ?
En plus de la pêche de loisir, je pêche en compétition régulièrement. Du moins, j’essaie : il n’est pas évident de concilier vie familiale et déplacements liés à la pratique en compétition de la pêche à la mouche. Pourtant, ce sont de belles expériences et de belles rencontres ! Pour le moment, en Bretagne, les compétitions en rivières sont purement amicales. Un travail est en cours pour, justement, mettre en place des PN rivières sur le sol breton.

A la pêche, quel est ton pire souvenir et quel est le meilleur ?
Il n’y a jamais de mauvais souvenir à la pêche !… Quoique, si, peut-être quand même : les capots en réservoir quand je suis en PN… pour les meilleurs, clairement, ce sont les moments passés avec Gérard.
Venons-en à ton parcours de monteur de mouches. Depuis quand montes-tu et depuis quand as-tu décidé de commercialiser tes imitations ?
Du jour où j’ai débuté la pratique de la pêche à la mouche, le montage s’est imposé à mes yeux. C’était la suite logique : pêcher avec ses imitations, c’était être autonome. J’ai donc pratiquement 30 années de montage derrière moi. La vente de mes créations est bien plus récente : ce sont des amis qui m’ont suggéré, il y a bientôt 4 ans, de les commercialiser.

Et pour les cannes ?
Ce fût une démarche similaire. J’avais quelques cannes qui, âgées, avaient besoin d’une rénovation. J’ai ainsi débuté, avec mon propre matériel. J’ai pris goût à la tâche, ce qui m’a conduit progressivement à rénover celles de pêcheurs autour de moi, jusqu’à ce que je propose cette prestation sur mon site.



Quelles sont les évolutions à venir ?
Ma gamme n’est pas figée : ceux qui me suivent sur Facebook ou qui consultent régulièrement mon site auront constaté que les imitations que je propose évoluent avec le temps. Bien sûr, cette évolution est le fruit de mon expérience et des partages. Les modèles de mouches doivent changer avec le temps : les montages ne peuvent restés identiques, et doivent convenir aux poissons mais aussi aux pêcheurs ! D’ailleurs, ceux-ci me sont d’une grande aide car certains voyagent beaucoup : Argentine, Chili, Irlande, Slovénie, Pologne, … leurs expériences me permettent de développer des mouches toujours plus adaptées à certaines destinations. Pour moi, un bon monteur doit aussi être un pêcheur : le temps passé au bord de l’eau est inestimable pour développer des imitations.
Des projets pour le futur ?
La nouveauté de la fin d’année 2024 n’est pas forcément visible pour mes clients, mais est extrêmement symbolique pour moi : depuis septembre, je me consacre à temps plein à mon activité « mouche ». Pour le reste, vous pourrez trouver de plus en plus de matériel de fly tying que j’utilise pour mes créations. Je propose également des boîtes à mouches complètes, adaptées aux attentes des pêcheurs et éventuellement à la destinations qu’ils ambitionnent ou à la régions où ils pêchent. Enfin, la gamme textile, actuellement assez réduite, est en train de se développer. Dans les prochains mois, j’ai d’autres projets en tête qui devraient voir naissance.




Les deux mouches de Youenn
S’imaginer partir sur une île déserte ou envisager de revenir aux essentiels… qu’importe ! s’il ne fallait que deux mouches dans sa boîte, Youenn serait du genre classique mais efficace : un sedge cul-de-canard (dénommé le Kanig dans sa gamme) et une pheasant tail casquée. Des modèles aussi efficaces qu’éprouvés !
