Débutants : les soies

La soie joue un rôle central dans la pratique de la pêche à la mouche. C’est elle qui assure le déplacement de la mouche : cette dernière, dont le poids est négligeable, est entraînée par la soie, à l’inverse de la pêche aux leurres où ce dernier emmène la ligne. Néanmoins, toutes les soies ne sont pas identiques : des profils différents existent, de telle sorte qu’il convient de se pencher sur ces questions afin de savoir vers quoi se diriger.

NB : sur certaines cannes, deux numéros de soie sont suggérés par le constructeur. Le premier correspond à une soie DT, le second, à une soie WF.

Un peu d’histoire : la norme AFTMA

La norme AFTMA (pour American Fishing Tackle Manufacturers Association) a été créée aux États-Unis dans les années 1950. Avant cette normalisation, les fabricants de matériel de pêche utilisaient des systèmes de désignation variés et peu standardisés, ce qui compliquait grandement le choix d’une soie adaptée à une canne spécifique. Face à cette confusion, l’AFTMA a décidé d’établir une échelle uniforme permettant de classer les soies en fonction de leur poids.

Cette standardisation avait pour but de faciliter la tâche des pêcheurs en leur fournissant une référence claire pour équilibrer leur matériel. Elle a été rapidement adoptée à l’échelle internationale et reste encore aujourd’hui la norme de référence.

Fonctionnement de la norme AFTMA

La norme AFTMA repose sur le poids de la soie, mesuré en grains (unité anglo-saxonne où 1 grain = 0,0648 gramme). Plus précisément, le poids de la soie est déterminé sur les 9.14 premiers mètres (30 pieds) de celle-ci, car cette portion correspond généralement à la longueur moyenne de lancer utilisée en pêche à la mouche.

Les soies sont ainsi classées par numéros, allant de 1 à 15, chaque numéro correspondant à une plage de poids spécifique. Voici un tableau des principales catégories de soies selon la norme AFTMA :

Numéro de soie (AFTMA)Poids en grains (pour 9 mètres)Poids en grammes
160 ± 63,89
280 ± 65,18
3100 ± 66,48
4120 ± 67,78
5140 ± 69,07
6160 ± 610,37
7185 ± 811,99
8210 ± 813,61
9240 ± 1015,55

Les numéros les plus faibles (1 à 4) correspondent à des soies légères, adaptées pour des cannes fines et des pêches délicates, comme la pêche en sèche sur des rivières calmes. Ces numéros sont également adaptés pour les techniques pêche en nymphe (qui feront l’objet d’un prochain article). À l’inverse, les numéros plus élevés (8 à 12) indiquent des soies lourdes, destinées à des lancers puissants, nécessaires pour la pêche en réservoir, en mer ou pour cibler des poissons de grande taille.

Utilisation pratique de la norme AFTMA

La norme AFTMA permet d’établir une correspondance précise entre la canne et la soie. En général, une canne à mouche est conçue pour fonctionner avec une soie d’un numéro spécifique, indiqué par le fabricant. Par exemple, une canne marquée #5 est optimisée pour une soie AFTMA de numéro 5, dont le poids est de 140 grains (environ 9 grammes).

Comme indiqué supra, il arrive que certaines cannes comportent deux numéros. Par exemple, nombre de cannes sont notées 4/5. Cette notation renvoie au type de soie susceptible d’être montée dessus. Ainsi, dans cette configuration, la soie n° 4 devra (ou devrait) être une DT tandis que la n° sera une WF. Tout tient à la densité des 9,14 premiers mètres : une soie DT est plus lourde sur ces 9.14 mètres tandis qu’une WF est un peu plus légère. C’est la raison pour laquelle vous retrouverez, parfois, deux numéros de soie sur une seule et même canne.

Pourquoi cet équilibre est essentiel ?

Une canne est conçue pour fonctionner de manière optimale avec une soie d’un poids donné précis. Une soie qui n’est pas adaptée à la canne ne représentera pas nécessairement un danger pour la canne (une soie trop légère n’aura pas d’impact), cependant, le lancer deviendra plus difficile et la précision s’en trouvera affectée.

A l’inverse, une soie et une canne équilibrées offriront des lancers fluides, précis et à la distance souhaitée.

C’est pourquoi il est nécessaire d’expérimenter différents types de soie. D’une part car le numéro inscrit sur la canne n’est peut être pas représentatif de la puissance réelle de la canne. D’autre part, la soie elle-même peut ne pas présenter le poids qu’elle devrait normalement avoir selon le tableau évoqué plus haut. Attention donc lorsque vous faites votre choix : parfois, la nouvelle soie n’est pas « meilleure », elle est juste plus lourde ! une impression de facilité de lancer apparaît alors. Essayez donc autant que possible de matériel pour vous faire votre propre idée.

Les évolutions et variations de la norme AFTMA

Bien que la norme AFTMA soit toujours d’actualité, certaines variations existent pour répondre aux besoins spécifiques des pêcheurs :

  • Soies spécialisées : Il existe aujourd’hui des soies dites « surchargées » (par exemple, une soie marquée 5+ peut peser légèrement plus qu’une soie standard de numéro 5). Elles sont conçues pour faciliter le lancer avec des cannes modernes à action rapide. Certaines soies de 5 « longue distance » peuvent en fait être une 6 voire une petite 7. Bien évidemment, ces soies se lancent très bien : le poids supérieur fait travailler votre canne à outrance et, naturellement, la distance de lancer est plus importante.
  • Profils variés : La norme AFTMA ne spécifie que le poids, mais pas le profil de la soie (WF, DT, TT, etc.). Il est donc essentiel de tenir compte du type de profil en complément du numéro AFTMA pour choisir une soie adaptée à la technique pratiquée. D’où la nécessité de réaliser des essais !

La soie à double fuseau : DT (double taper)

Ce profil présente un diamètre identique à chaque extrémité et une section centrale constante. La section centrale, représentant la majorité de la longueur de la soie, est d’un diamètre plus important que les extrémités. Ce profil de soie est apprécié pour sa capacité à effectuer des lancers délicats et précis à courte et moyenne distance. Sa symétrie permet de retourner la soie lorsqu’une extrémité est usée. Les soies DT conviennent parfaitement à la pêche en sèche et à la nymphe légère en rivière. Ce profil est un peu moins à la mode aujourd’hui qu’il ne l’était auparavant ; à présent, le profile WF est préféré par de nombreux pêcheurs. Est-ce un profil qui répond à un besoin ou seulement une question de mode ? Qu’importe !

La soie à fuseau décalé : WF (weight forward)

Ce profil possède une tête lestée à l’avant, ce qui facilite les lancers à longue distance, même en présence de vent. La soie WF est idéale pour la pêche en réservoir, en lac, ou lorsqu’il est nécessaire d’utiliser des mouches volumineuses comme les streamers. Elle offre une grande polyvalence pour les débutants et les pêcheurs confirmés. Ces soies permettent aussi, à faible distance, d’avoir une partie de ligne relativement courte de sortie tout en ayant du poids. Ainsi, la canne travaillera correctement et ne sera pas sous chargée. Ces profils sont donc plutôt bien adaptés pour une canne pour la pêche en petite rivière.

La soie à fuseau triangulaire : TT (triangle taper)

Cette soie se caractérise par une diminution progressive du diamètre vers l’avant. Elle combine les avantages des profils DT et WF, permettant des lancers fluides et délicats. Le profil TT est particulièrement adapté aux pêches fines en sèche et en nymphe, nécessitant une présentation discrète, comme les autres modèles précédemment évoqués. Le tout, c’est d’avoir ses repères avec son matériel.

La soie parallèle : LL (level line)

Ce type de soie présente un diamètre uniforme sur toute sa longueur. Bien que moins utilisée en raison de sa difficulté à être contrôlée en lancer, elle peut convenir pour des situations spécifiques comme les lancers courts ou les pêches en milieu restreint. Elle est souvent économique et sert d’option d’apprentissage pour les débutants.

  • Soies parallèles « nymphe », 0.55 mm

La soie parallèle fine est une innovation récente, directement issue des exigences de la compétition. En dehors de ce contexte, il est tout à fait possible, dans le cadre de la pêche en nymphe européenne, de se contenter d’une bobine garnie de nylon en 16 ou 18/100. Cependant, la réglementation de la FFPS (Fédération Française de Pêche Sportive) – applicable au niveau national et également reconnue à l’international – impose l’utilisation d’une soie dont le diamètre ne peut être inférieur à 0,55 mm. Ces soies se distinguent des modèles traditionnels par l’absence de fuseau conçu pour projeter la mouche. En effet, tout ajout de matière (résine ou tresse composant la soie) entraînerait une augmentation du poids, risquant d’altérer la qualité de la dérive. Leur conception vise donc à minimiser leur impact sur l’action de pêche. Elles ont donc vocation à être transparente, c’est-à-dire ayant le moins d’impact possible sur l’action de pêche.

  • Les différents types de flottabilité
  • Soies flottantes (F)

Ces soies demeurent en surface, facilitant le contrôle de la ligne et des mouches flottantes. Elles sont idéales pour la pêche en sèche et pour certaines techniques de pêche en nymphe légère. Les profils DT et WF en version flottante sont les plus couramment utilisés pour débuter.

  • Soies intermédiaires (I) :

Elles coulent lentement sous la surface de l’eau, permettant de présenter des mouches légèrement en dessous. Elles sont particulièrement adaptées à la pêche en lac, en réservoir ou en rivière lorsque les poissons se nourrissent juste sous la surface.

  • Soies plongeantes (S) :


Conçues pour couler rapidement, ces soies permettent d’atteindre des poissons évoluant en profondeur. Elles sont utiles pour la pêche au streamer ou dans les courants puissants des grandes rivières. Les soies plongeantes se déclinent en plusieurs vitesses de descente, adaptées aux différentes profondeurs recherchées.

Usages selon le profil et la flottabilité :

  • Pêche en sèche :

Une soie DT flottante offre une présentation délicate pour les rivières calmes et les pêches de précision. Une soie WF flottante convient lorsque des lancers à plus longue distance sont nécessaires, ou lorsqu’il est préférable de charger rapidement la canne (c’est-à-dire atteindre le poids de soie de confort de la canne avec peu de ligne de sortie).

  • Pêche en nymphe (type Roncari) :

Pour une pêche en nymphe dans une technique imposant le recours à une soie, un modèle WF flottante est recommandé. Le fuseau permettra de lancer rapidement la ou les nymphes Pour la nymphe au fil, une soie WF flottante, permet une dérive maîtrisée.

  • Pêche en nymphe européenne

La pêche en nymphe européenne ne requiert pas l’usage d’une soie. Vous pouvez seulement garnir votre moulinet d’une vieille soie usée et rajouter 30 mètres de nylon par-dessus, en 16 ou 18/100ème. Vous pouvez également utiliser une soie 0.55, spéciale nymphe.

  • Pêche en réservoir ou lac :

Une soie de profil WF est idéale. Elle permet de lancer à de longues distances les imitations. S’agissant du caractère flottant ou plongeant de la ligne, tout dépend de la pêche à pratiquer. Une soie DT peut également être opportune si les poissons se pêchent à vue, notamment lorsqu’ils sont en maraude en bordure et qu’une présentation délicate est idéale.

  • Pêche des carnassiers

Pour la pêche des carnassiers à la mouche, une soie WF flottante ou intermédiaire convient bien. Des situations peuvent impliquer le recours à d’autres densités de soie, mais elles feront l’objet d’articles autres, plus détaillés.