La réglementation de la pêche en France est souvent sujette à interprétation, notamment lorsqu’il s’agit de la fermeture de la pêche aux carnassiers. Contrairement à une croyance largement répandue, il n’existe pas de fermeture générale pour tous les carnassiers, mais uniquement pour le brochet. Cette distinction, essentielle, repose sur l’article R436-33 du Code de l’environnement, qui encadre la pratique durant la période où la pêche du brochet est interdite.
Une interdiction ciblée et réglementée
L’article R436-33 dispose que, durant la période de fermeture spécifique au brochet, certaines techniques de pêche sont interdites dans les eaux classées en deuxième catégorie. Il s’agit notamment de la pêche au vif, au poisson mort ou artificiel, ainsi que de l’utilisation de leurres considérés comme susceptibles de capturer un brochet de manière non accidentelle. Cette précision est importante, car elle signifie que la pêche aux leurres n’est pas totalement interdite : seuls certains leurres définis par les fédérations départementales (et, le cas échéant, le Préfet) sont concernés.
En pratique, cela implique que certaines techniques restent autorisées sous certaines conditions. Par exemple, la pêche au drop shot, qui consiste à animer un leurre souple proche du fond, peut être tolérée tant qu’elle n’est pas considérée comme une méthode visant spécifiquement le brochet. Il revient alors aux pêcheurs de s’informer des restrictions locales et de pratiquer leur activité en toute légalité. Quoiqu’il en soit, un technique telle que le drop shot n’est pas, nationalement tout du moins, interdite : n’est interdite que la recherche délibérée du brochet au moyen de certains appâts ou leurres.
Une réglementation nationale avec des adaptations locales
Cette réglementation est d’application nationale : elle concerne donc l’ensemble du territoire français. Cependant, elle peut être modulée à l’échelle départementale. Les préfets, en collaboration avec les fédérations départementales de pêche, disposent d’une marge de manœuvre pour adapter ces règles aux spécificités locales. Cette flexibilité permet d’ajuster la réglementation en fonction des conditions écologiques, des besoins de préservation et des comportements observés chez les pêcheurs.
Ainsi, dans certains départements, les autorités peuvent décider d’étendre la fermeture à d’autres espèces carnassières, comme le sandre ou le black-bass. Lorsqu’une telle décision est prise, elle entraîne alors l’interdiction de toutes les techniques de pêche destinées aux carnassiers, y compris celles qui resteraient théoriquement autorisées selon la réglementation nationale. Cette variabilité d’un territoire à l’autre peut parfois surprendre : un leurre souple de type « worm », par exemple, peut être utilisé dans le Rhône (69), mais interdit dans le Nord (59).
Pourquoi ces fermetures existent-elles ?
L’un des principes fondamentaux de la fermeture de la pêche du brochet repose sur la préservation des populations de poissons en période de reproduction. Les dates de fermeture sont ainsi établies en fonction des cycles biologiques des espèces concernées. Dans le cas du brochet, les autorités estiment que sa période de reproduction coïncide avec la fermeture. Cette mesure vise à lui laisser le temps de se reproduire sans subir une pression de pêche excessive qui pourrait compromettre le renouvellement des populations.
Cependant, il est essentiel de rappeler que si le brochet a une période de reproduction bien définie, d’autres espèces de carnassiers, comme le sandre ou la perche, peuvent se reproduire à des moments légèrement décalés. Ce n’est donc pas parce que la période de fermeture du brochet est levée que toutes les pratiques de pêche deviennent sans risque pour les poissons. Il faut donc rester attentif à la préservation des frayères – ces zones essentielles où les poissons viennent déposer leurs œufs – afin d’éviter de perturber la reproduction d’autres espèces.
Une responsabilité partagée
La réglementation en matière de pêche est avant tout un outil de préservation des milieux aquatiques. Mais au-delà du cadre légal, la responsabilité individuelle des pêcheurs est un élément clé pour garantir la pérennité des populations de carnassiers. En respectant les périodes de fermeture et en adoptant une attitude respectueuse des frayères et des habitats naturels, chaque pêcheur contribue à la préservation de l’équilibre écologique des rivières et plans d’eau.
Ainsi, bien que la loi définisse des règles précises, il est essentiel que chaque pratiquant de la pêche adopte une approche éthique et responsable. Connaître la réglementation, s’informer des adaptations locales et prendre en compte les enjeux écologiques permet non seulement de pratiquer la pêche en toute légalité, mais aussi d’assurer un avenir durable aux espèces et aux milieux aquatiques.
Retrouvez également notre podcast sur le même thème par ici !
